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HOMMAGE A FRANCOIS COUPERIN


Nous fêtons ces jours-ci le 350e anniversaire de la naissance d’un grand compositeur français, François Couperin (10 novembre 1668 – 9 septembre 1733), souvent surnommé le Bach français. Issu d’une dynastie de compositeurs célèbres, orphelin à un jeune âge, il fut formé par Richard de Lalande et devint organiste à la Chapelle royale de Versailles tout en retenant sa charge à l’église Saint-Gervais à Paris. On lui doit, entre autres, des messes pour orgue, des sonates, des pièces pour la viole de gambe, et ses fameux Concerts royaux. Couperin fut le plus grand claveciniste de l’époque baroque. Ses nombreuses pièces de clavecin, réunies en quatre livres entre 1707 et 1730, témoignent d’une très grande sensibilité alliée à un merveilleux sens poétique doublé d’une extraordinaire précision esthétique. Couperin fut pratiquement oublié après sa disparition en 1733. La claveciniste Wanda Landowska le révéla à nouveau au début du 20e siècle. Citons, parmi ses pièces de clavecin, Les Baricades mistérieuses, composée en 1717, faisant suite à la révision de son ouvrage L’Art de Toucher le Clavecin, publié en 1716. Cette pièce est une polyphonie complexe qui a été jouée par de nombreux interprètes avec plus ou moins de bonheur. Je l’entendis comme simple auditeur, et tout à fait par hasard, alors qu’on terminait sur les quais de la Seine le tournage du film Paris brûle-t-il ? Je fus littéralement saisi par cet air qui se logea alors pour toujours dans mon esprit. Je n’ai jamais pu pourtant le reproduire vocalement. Et à l’époque, je ne pus saisir le nom du compositeur.

Par un hasard des plus extraordinaire, je découvris son identité près de vingt ans après dans la discothèque de Radio Canada à Vancouver : Les Baricades mistérieuses, François Couperin le Grand, Deuxième Livre, Sixième Ordre, 1717. Mémoires et musiques s’étaient enfin rejointes. Le directeur de la station m’invita à partager cette aventure musicale sous forme de pièce radiophonique. Je décidai d’écrire une lettre à François Couperin sous forme d’un dialogue aparté entre un homme et une femme, à l’instar des deux claviers du clavecin dont les jeux iront en se cherchant et se complétant. Le souvenir des événements filmés sur les quais de la Seine me revint aussi à l’esprit. Heureusement Paris n’avait pas brûlé : les barricades avaient libéré la ville. J’attribue depuis un pouvoir libérateur à l’air éminemment complexe de Couperin et d’autant plus que le jour de sa naissance coïncide presque avec ceui de l’Armistice du 11 novembre, la fin de la Grande Guerre, la Guerre du Droit, la Première Guerre Mondiale, dont nous commémorons le Centenaire. C’est ainsi qu’en 1982 Radio Canada rendit hommage à François Couperin le Grand. Les Baricades mistérieuses, un programme d’une heure, mis au point par une équipe de réalisation chevronnée, fut diffusé aussi en France.

J’avais écrit ce texte en écoutant des dizaines de pièces de clavecin tout en voulant saisir les images produites au fur et à mesure. Sans doute est-ce là une expérience personnelle, mais qui ne l’a pas vécue ? L’émission Les Baricades mistérieuses de Radio Canada fut bien accueillie bien que le clavecin ne soit plus en vogue. Toute musique, quelle qu’elle soit, s’intègre dans une aura qui les dépasse toutes. La musique baroque s’accompagnait d’autres musiques, d’airs populaires et de chansons, qui toutes s’inspiraient mutuellement. L’émission Les Baricades mistérieuses résonna bien à travers tout le Canada car c’est non seulement un pays de mélomanes mais un pays aussi où la musique française est présente depuis des siècles tout en se fructifiant et en se diversifiants. Notons que Les Baricades mistérieuses de François Couperin le Grand inspira aussi des artistes comme René Magritte ou des écrivains comme Maurice Blanchard, tous membres du Mouvement surréaliste. Comme on sait, celui-ci est sorti des horreurs et des malheurs de la Première Guerre Mondiale ; ce n’est donc pas par hasard qu’il s’est tourné vers des cultures autres, dès les années 1920, vers celles des Premières Nations d’Amérique et d’Océanie. L’Ambassade de France, le Consulat de Vancouver et l’Alliance Française en rendirent compte par une exposition et des conférences à Vancouver et à Calgary, ainsi qu’au Sommet International de la Francophonie à Moncton en 1999. La commémoration du Centenaire de l’Armistice continue et renforce cette immense volonté de paix dans le monde issue de la tragédie de 1914-1918 et de celles qui la suivirent. Puisse la musique de François Couperin le Grand nous accompagner toujours, infiniment dans le temps fragile.

Guy Pierre Buchholtzer, Vancouver, 10 novembre 2018

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